Enveloppée de mon plaid douillet, je feins l’ignorance de cet hiver qui n’en fini plus, de ces gros flocons mous qui s’écrasent avec nonchalance sur le carreau givré où, parfois, je colle mon nez. Et je rêve. Recroquevillée contre cette fenêtre de bois ciré qui ne m’offre que fraîcheur et giboulées, derrière le rideau blanc je rêve d’un ailleurs fait de sable et de palmiers. La chaleur tropicale s’étale dans les lignes de mon roman et je rêve de toi mon tendre amant. Tes cheveux dans l’air chaud d’une brise océanne et tes pieds s’enfonçant dans le sable brûlant. Tu appelles et tu cherches, mais qui? Qui peut ainsi avoir ta faveur? Le chapitre prochain me l’apprendra peut-être.
Mais alors que je tourne la page, un souffle chaud vient caresser mon visage. Des embruns salés picotent mon nez et une voix, ta voix, chuchote à mon oreille “Allez viens…je t’emmène…”.
Un tourbillon se lève alors, qui menace de tout emporter, mais non, il n’emporte que moi, dans tes bras encore chauds où j’effleure quelques grains de sable.
Je crois rêver, je rêve, je ne sais plus, peu importe. Je n’ose ouvrir les yeux de peur d’en chasser la magie offerte par ce moment et pourtant…pourtant ce musc viril et troublant, c’est bien le tien mon amant. Ouvrir les yeux, un regard, rien qu’un…t’en baigner avec amour, comme j’en rêve depuis toujours…”Pas encore, attends ma douce, attends…”. J’obtempère et j’espère.
Bientôt, le cri des oiseaux de mer emplit l’espace, toujours blottie contre toi je comprends que nous descendons doucement. L’air se fait plus chaud et humide, en parfaite harmonie avec mon corps endormi si longtemps. Doucement, tu me déposes sur le sable, il est si chaud, si chaud et crisse sous mon dos. M’interdisant encore de desserrer les paupières, tu évinces un à un les obstacles de tissus qui séparent ta peau de la mienne. Je sais ton regard sans le voir, je sais ton désir enflammé par le mien. Lentement, tes mains parcourent mes courbes et mes creux, et mes hanches se soulèvent à la rencontre de ton membre vigoureux. Dans un râle rauque et profond, tu pénètres ma chair sans façons. Mes mains sur tes fesses t’imposent leur rythme et les oiseaux poursuivent leur hymne. Mes yeux grand ouverts sont baignés de lumière, ils pourraient s’attarder sur le sable blond, les palmiers, mais ils se réservent pour toi, mon amant de lumière.
Un voilier nous attend et nous embarquons. Voiles blanches et bois ciré mais personne à la barre ou sur le ponton. Qu’importe, le voilier s’éloigne et fend courants et remous. Nous sommes seuls au monde et le monde est à nous.
Nous nous aimons encore et encore, ivres d’espace, ivres d’embruns, ivres de nous. Éreintés, rassasiés pour un temps, nous nous coulons au soleil qui nous berce doucement. Je découvre avec surprise mon vieux roman posé là. Une brise l’ouvre et s’arrête à toi qui cherches…qui déjà? Te voilà capitaine d’un voilier sans équipage et l’air vif et marin fouette ton visage. Tu accostes dans un port où tout est blanc et froid, adieu les grains de sable, bonjour les gros flocons.
Mais une main baladeuse et lutine s’empare de mon sein et titille. Bientôt une bouche chaude et humide la rejoint, je laisse le port et ses flocons, la vague qui m’emporte est faite de passion. Tu me dévores sans retenue, t’attardes un peu plus bas, oui là, juste là…Gourmande, je te rends la pareille tandis que l’océan alentour s’émerveille. Le temps qui passe n’a ici pas sa place, il se tient en retrait et patiente, figé. Notre étreinte l’allonge, l’étire comme pour mieux s’en nourrir, elle est belle et parfaite, ce ne peut être qu’un songe.
Plus tard, je reprends ma lecture. Capitaine enneigé, tu poursuis ta quête, tu questionnes, interroges, n’as plus qu’elle en tête. Parvenu au seuil d’un chalet, tu tends la main pour frapper. Puis te ravisant, tu entres sans t’annoncer. Dans la pénombre du soir d’hiver tu frissonnes, et s’il n’y avait personne? Mais elle est là, assoupie, contre la fenêtre de bois ciré. Le rideau blanc encadre ses cheveux et un sourire rêveur est accroché à ses lèvres. Dehors, la neige cogne à gros flocons mous contre le carreau givré et dans son sommeil elle resserre l’étreinte de son plaid autour d’elle.
Tu t’approches sans un bruit et l’observe, la respire. Puis, la bouche à son oreille, tu chuchotes: “Allez viens…Je t’emmène…”.

Allez viens…Je t’emmène. by Angélique Louis est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
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Commentaires
Je suis vraiment conquis !
l'a....Heureuse que ça te plaise l'a....(...rtiste?...mi?...basourdi?...nnotain!)
Ange