Il est tard dans mon lit, il est tard dans ma vie et le sommeil me refuse ses bras. J'ai froid, j'ai faim de toi, j'ai froid et le sommeil ne vient pas. Amant boudeur, je crois sombrer en lui tant de fois mais il veille et me rejette loin de lui chaque fois. Ingrat. Le sol froid sous mes pieds fait écho à celui qui m'habite sans pour autant que la chaleur de mon coeur ne me quitte. J'ai froid, j'ai froid de toi.
La nuit est bien avancée déjà, je m'habille très vite et me glisse dans ses pas, elle m'ouvre les bras.
Sa fraîcheur me happe, sa douceur m'enveloppe, ses rues résonnent du bruit de mes pas et mon ombre s'allonge sous ses réverbères. Nuit, te voilà mère pour moi...Je m'enfonce dans la ville, la nuit me perd et me rattrape à un coin de rue. Je rencontre en chemin un chat affamé, deux poubelles renversées et une vieille imbibée. Un petit groupe suspect me héle mais la nuit me surveille, je ne puis m'attarder. Je flotte dans le manteau douillet de son obscurité et je songe avec douceur qu'avant moi déjà c'est toi qu'elle tenait.
Passé le petit porche antique, la nuit s'épaissit, son étreinte se resserre, je crois pouvoir la toucher. Le vieux parc étrangement silencieux m'accueille d'un souffle circonspect. Son haleine est douce et fraîche, elle exhale les parfums de ses chênes assoupis. Doucement, pas un bruit, la vie s'est endormie murmure le souffle à mon oreille. Mais j'ai froid, j'ai si froid, juste là, au creux de moi...Ton coeur brûle, ton âme est vive, cesse de te plaindre et accueille ce froid comme tribut incontournable d'un passé mémorable.
Une mélodie douce et lointaine m'attire au bout du chemin, la nuit m'accompagne, me tenant par la main. Un kiosque illuminé a surgit des ténèbres, sa musique, sa lumière et le brasero qui flambe en son coeur me pressent de le rejoindre. Poussée par la nuit, je monte les marches circulaires, et c'est là qu'elle me laisse, préférant rester en arrière. Près du brasero, un accordéon se compacte et s'étire, faisant naître en ses plis une douce ritournelle. Mes yeux éblouis regrettent les ténèbres. Puis, apprivoisés, domptés par la lumière, ils s'ouvrent enfin à elle. Je découvre alors que c'est toi l'accordéoniste, et l'idée me vient que je devrais en être surprise. Mais non, tu es là, tu me tends les bras et l'accordéon, mû par sa volonté propre, poursuit la ritournelle entamée par toi. Le brasero nous inonde de chaleur et l'odeur de ton cou m'inonde de joie. Tu m'étreins, me caresses, me parles de nous, tu rassasies ma faim et évinces mon froid.
Blottie dans tes bras comme l'enfant pour sa mère, la tête me tourne et je ronronne sans manière. Tes mots sont caresses aussi bien que tes mains et tes lèvres, et les trois me parcourent des cheveux aux orteils, s'attardant dans mon cou, sur mes seins et ma fente humide tout à la fois. La chaleur qui me prend ne doit plus rien au brasero et tu me susurres attends, doucement, attends, il est encore trop tôt...
Alors ta torche brûlante rejoint la brûlure de mon ventre et ton souffle à mon oreille me dit combien il est bon de s'installer en moi. L'accordéon chante toujours, son sourire complice fait une ronde autour de nous et la lueur du brasero semble pâlir face à celle qui explose de nous.
Ta voix me courtise, me rassure et m'espère, je suis là, chaque nuit, rejoins-moi, rejoins-nous, aime-moi, aime-nous. Mais déjà le parc reprend vie, la nuit se retire et il me faut la suivre. Tes mains s'évaporent et l'accordéon s'essouffle. Je quitte le kiosque et la nuit me reprend, elle se hâte, le petit matin attend, impatient. Une dernière fois je me retourne, tes yeux cherchent les miens puis s'évanouissent dans le ciel qui bleuit.
La nuit galope à reculons entre les gens bien mis et pressés que nous croisons, et je cours et je vole encore ivre de toi, de ta semence et de tes bras. Je retrouve mon lit tout empli de ce froid, le sommeil, cet ingrat repentant, m'y attend. Vêtue de ton odeur et de ta chaleur je me glisse en lui qui me prend et, jaloux, éteint le feu laissé là par toi. Je sais que déjà le froid reprend sa place mais je sais que la nuit, bientôt, reviendra me porter jusqu'à toi.
Dans le secret d'un grand parc endormi, un kiosque éphémère abrite nos amours nuit après nuit. La ritournelle d'un accordéon souriant rythme nos deux corps amants et un brasero réconforte nos deux coeurs aimants.

Ritournelle de nuit by Angélique Louis est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
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Commentaires
Une rue onirique d'une cité sans nom qui ressemble à s'y méprendre à un rejeton de Paris et New York. Tout en nappes de brumes et de sentiments quelque peu empoisonnés. L'hiver d'une civilisation post-moderne en forme de long Haïku, et au cœur de cet hiver déjà les prémices précurseurs d'une promesse de printemps. La poésie est efficace et l'onirisme lourdement éthéré montre à quel point mon Ange est effectivement la messagère des muses.
enordredProposition de musique d'ambiance: Rêve d'amour de Liszt
Je cherche .....
Je trouve au piano: http://www.easyzic.com/mp3-gratuits...
Un seul extrait à l'accordéon ... ne nous égarons pas ;-) ! :
http://www.virginmega.fr/musique/ti...
(pas le meilleur mais j'ai pas trouvé mieux) à l'accordéon car ne nous égarons pas ;-) !
Ange ... j'aime tellement te lire que j'en perds la faculté d'écrire ... je cherche un remède à mes maux ...
Amand